Jerry : No, I'll be back.
Kramer : Jerry, it's L.A., nobody leaves. She's a seductress, she's a siren, she's a virgin, she's a whore.
Seinfield, "The Finale"

vendredi 20 juin 2014

Ma jambe cassée, un petit tour dans le système de santé d'urgence

Je sais que vous adorez les histoires.

C'était début 2012 que Jérôme vous racontait son petit séjour aux urgences, sans assurance maladie! En effet il était en VIE et c'est la sécu française qui rembourse les frais de leurs petits protégés dans ce cas là.

J'ai eu énormément de chances on va dire, car en 4 ans et demi je n'ai jamais eu besoin d'aller chez le docteur. Juste des passages chez le dentiste qui m'ont laissée admirative.

Mais bon, là, j'y suis allée un petit peu fort en me cassant la jambe.
Jamais de ma vie je ne suis allée aux urgences (OK, une fois au lycée après m'être tordu la cheville en saut en longueur) et encore moins dans un hôpital. Je peux aller plus loin: j'ai la phobie des hôpitaux et la dernière fois que j'y suis allée je suis tombée dans les pommes en me cognant la tête contre une table de chevet. Au moins j'étais sur place.

BREF. 1er mai dernier, comme 3 autres fois par semaine et environ 6h par semaine, je suis dans mon endroit favori: la Dolls factory, pour m'entraîner avec les copines. Vous pouvez lire tous mes articles sur le roller derby ici si vous avez du retard à combler. Tout va bien et je décide de jammer parce que généralement tout le monde est froid au début donc c'est assez pépère. On peut être sportive et feignante. Donc pour une fois je me débrouille pas mal (pour les pros: je joue normalement sur le banked mais le jeudi c'est sur le plat) et je m'apprête à repasser le pack pour marquer quand quelqu'un me bloque et j'entends un bruit assez sec. Tout cela ne dure que 3 secondes maximum et il m'a fallu beaucoup de temps et de témoignages pour tout remettre en ordre, mais voilà je me dis que mon patin a craqué comme je l'ai déjà vu des dizaines de fois et je regarde donc mon pied. Et en fait je vois juste ma jambe à un angle pas du tout normal: le tibia et le péroné sont cassés, c'est sûr, mais tout se remet en place aussitôt. Pas de douleur, mais je suis sous le choc et je me dis que je rêve, ca ne peut pas m'arriver à moi, j'ai déjà vu 5 filles me tomber sur le genou et n'avoir qu'un bleu le long de la jambe, j'ai fait des chutes et j'ai vu des chutes vertigineuses sans conséquences. Là, concrètement, il ne s'est rien passé, c'est juste la pression et un mauvais angle, un peu comme un bâton qu'on met dans un trou et sur lequel on appuie, il finit par lâcher.

Donc je m’assoie tranquillement, ça continue de jouer et j'entends mon équipe râler, mais tout le monde finit par arriver. Alors je leur dis simplement que je me suis cassé la jambe, mais personne ne me croit. Tout le monde pense qu je me suis tordu la cheville. Elles me diront plus tard que j'étais très calme, pas de cri, pas de pleurs. Elles s'affolent seulement quand la partie de ma jambe au dessus de ma cheville double de volume en quelques secondes. L'avantage d'être en patins, c'est que tout le monde va très vite pour aller chercher mon sac, des coussins, pas d'eau car on sait déjà que j'irai en chirurgie. Je donne mon téléphone à la seule qui connait Ben pendant que les autres appellent les pompiers ou me disent de loin que ça va aller, que je peux pleurer et se moquent de moi parce que je suis désolée de ruiner leur entraînement. Elles sont solides, mais restent bien loin, parce que comme moi quand l'une d'elle saigne, je me trouve un coin tranquille pour m'allonger sur le ciment pendant que tout le monde nettoie.
Donc elle appelle Ben et lui dit: hey Ben, c'est Beckie! Laëtitia c'est un peu fait mal...
TYPIQUEMENT AMERICAIN
Je lui prend le téléphone des mains et dit peut être un peu fort à Ben: je me suis cassé la jambe, je vais aux urgences, débrouille toi pour savoir où je suis et venir.
En même temps une des joueuses qui est prof d'anglais au lycée français me pose des questions en français pour les pompiers au téléphone mais je lui réponds en anglais, ce qui fait encore rire tout le monde.
On s'arrange pour que quelqu'un mette ma voiture en sécurité et on me parle déjà de mon retour sur des patins et de qui je devrai contacter pour justifier mon absence de la ligue.
On avait prévu tellement de choses ce week end... Je suis dégoûtée. Et puis les pompiers arrivent, ça a été comme dans Baywatch, deux bombes atomiques au ralenti. Je sens de la jalousie tout autour de moi. Heureusement, il n'y a pas besoin de trop découper mon patin et on donne des directions pour limiter les dégâts (les patins sont des chaussures comme les autres, quand 10 filles vous observent, vous pouvez ressembler à un Dieu grec, c'est pas le moment de se planter).
Je pense que c'est surtout là qu'on se rend compte de la situation car mon pied ne répond plus et il faut bien 4 mains pour déplacer le tout dans un bout de carton fermé par du scotch. Je peux bouger les orteils, ce qui est un excellent signe qu'il n'y a aucun damage nerveux. Je n'ai jamais autant remué les orteils que pendant les jours suivants. Et c'est parti pour le petit voyage en camion. Mes deux sauveurs sont impressionnés par notre chouette hangar, qui sera détruit dans quelques mois, donc c'était mon dernier tour ici...

Si déjà vous ne vous sentez pas bien, ce n'est pas la peine de continuer la lecture. Il y a plein de photos de chatons sur d'autres sites.

Dans le camion, je suis assez déçue de ne pas avoir la sirène. Je demande si on peut aller au Cedar Sinai car on habite juste à côté et Ben pourrait venir à pied mais mon beau pompier me dit que c'est bien trop loin et qu'on a pas le temps pour un trajet aussi long. Ca parait quand même long car il conduit doucement pour ne pas me secouer. Je demande si c'est normal que je n'ai pas plus mal que ça (juste l'impression que quelqu'un est assis sur ma jambe en fait) et il répond qu'il s'est sérieusement foulé la cheville une fois (sûrement en sauvant des chatons d'un building en flamme, torse nu) et que les médecins lui ont dit qu'il aurait mieux fait de la casser au point de vue douleur (Pauvre bébé...). Il me pose plein de questions mais je suis aussi propre qu'un nouveau né niveau médical.

Donc finalement sur les conseils des copines qui ont choisi pour moi, on arrive au Good Samaritan. Je me retrouve dans un couloir pendant que les infos circulent, et ça parle de roller derby, alors je lance qu'il y a un match le samedi suivant et qu'ils devraient y aller. Encore une fois ça fait rire tout le monde, je suis conditionnée pour faire de la pub.
Je pense attendre quelques heures ici et une copine doit venir avec mes affaires donc ça ne me dérange pas tellement. Mais non, on m’envoie en salle 4. J'ai peut être pris la place de quelqu'un du coup. Je ne me sens vraiment pas comme une urgence!
On se dirait dans un film et je regarde partout. Mes deux infirmiers arrivent, Joffrey et Bryan. C'est là que je me dis que c'est la journée du beau gosse. On blablate encore et Joffrey (probablement l'infirmier en chef car il court partout) me pose mon intra veineuse. Il y a un gars qui comate en bavant sur une civière juste en face de moi. Je comprends pourquoi en arrivant on me demande sérieusement: ''vous prenez de la drogue? Crack, héroïne, meth?'' J'avais eu envie de rire, mais maintenant je comprends la question.
Joffrey lui hurle dessus: T'es dégueu, arrête de cracher par terre!!
Il gueule un peu sur tout le monde, je suis la seule à avoir des blagues et des sourires, je dois changer des clodos drogués :/
A côté, une dame intubée qui  ne bouge pas du tout. Je n'ai pas envie de voir ça. Quand ils la déplacent, un infirmier demande: do we bag her?
Et je me dis qu'elle est morte et qu'il faut la mettre dans un sac... Mais non, ils ont retiré le tube et doivent ventiler (j'ai VRAIMENT la phobie de l'hôpital).

On me demande si je suis enceinte. Du coup je dois faire pipi pour un test au cas où et je lui dis que ça va pas être possible, il faudra me prendre du sang pour faire le test. Il rigole et me sort: OK, t'aura ta morphine dans quelques heures alors.
T'as du bol, Joffrey.
Après le pipi, ils déballent ma jambe du carton. Je regarde et sors: c'est vraiment trop bête que je ne puisse pas prendre de photos de ma jambe en morceaux...
Ils me disent qu'ils n'ont pas le droit de prendre de photos pour moi de toute façon, mais si quelqu'un m'attend on peut l’appeler. Ils appellent Becky mais c'est Ben qui arrive, amené par un ami. Du coup il peut prendre plein de photos et vous êtes contents!




Le test revient négatif et Joffrey me lance un ''congrats!!'' avant de réaliser que mon potentiel mari est là, et il s'excuse aussitôt. J'ai donc droit à 2cc de morphine. Le truc c'est que ca marche pas. Le temps passe et toujours rien, je monte à 8/10 en douleur donc il me remet 4cc. Je suis donc à 6. Toujours rien. Il est encore amusé et me dit que c'est une dose d'éléphant et que je devrais dormir. Je ne sens absolument rien du tout, ou alors la douleur sans morphine devrait être absolument abominable. Il comprend que je ne suis pas sensible aux opiacés. Donc je l'ai dans l'os ( HAHA.)

Le temps passe doucement, Ben se fait servir du café et un sandwich pendant que je meurs de soif, mais je peux aller en chirurgie n'importe quand donc ventre vide pour moi. Le type qui crache par terre continue, on se marre bien parce que tout le monde râle! J'espère que je ne vais pas vomir du coup... Un autre gars essaye de se barrer de sa chambre avec tous les fils attachés. Ca doit être spécial de travailler ici.
Je dois faire pipi plusieurs fois mais c'est vraiment compliqué alors Bryan découpe mon pantacourt de sport et mon slip. Il est direct, dis donc! Si j'avais su, j'aurai mis des vieux trucs. Ou pas en fait. C'est aussi à ce moment là que mon beau pompier débarque pour prendre des nouvelles. Evidemment mon rythme cardiaque s'accélère et la machine s'affole... Très discret.



Et puis, le pire moment de ma vie arrive. On dit à Ben de partir, jamais un bon signe, car on doit me faire mes radios. Je stresse un peu mais je fais maintenant confiance à Bryan qui sait porter ma jambe sans que ca me fasse mal. Ca a pris du temps car je ne fais confiance a personne et je me battais un petit peu pour qu'il arrête et me foute la paix. Heureusement il était très convainquant (et doux, je marche pas au rapport de force) et ça m'a évité de me faire mal toute seule. Pour décrire la sensation, c'est comme si j'avais des billes dans la jambe, sauf que ce sont mes os. Donc le radiologue arrive, et je lui fais confiance, surtout que je pense que Bryan va rester. Mais non, ils m'abandonnent tous avec ce boucher. On a tous un seuil de tolérance à la douleur, là, çà a été la pire douleur jamais ressentie de ma vie et j'espère que ça le restera. Il prend ma jambe sans aucun ménagement et je hurle à la mort. Radio de face. Il replace ma jambe, je hurle à nouveau. Je rappelle que je ne suis sous aucun anti douleur qui fonctionne. Il revient avec la radio et me dit qu'il en faut une de côté. Là je râle mais pas vraiment le choix, il faut qu'ils voient pour réduire la fracture et poser un plâtre pour tenir jusqu'à la chirurgie. Du coup j'essaye de me mettre sur le côté. Je ferme les yeux et hurle aussi fort que je peux, c'est comme si quelqu'un prenait ma jambe et l'essorait comme une serviette mouillée. J'ouvre les yeux quand le mouvement a l'air de s'arrêter et je vois le radiologue, apparemment énervé, qui me regarde comme on regarde un enfant qui fait un caprice et se roule par terre. Je suis super énervée aussi cette fois. il a en fait laissé mon pied (qui ne tient que par la peau et le reste du coup) partir sur le côté sans le tenir. Mais à part çà, je l'embête bien pour faire son boulot, le pauvre petit. Il repasse plus tard pour me dire qu'il a fait de son mieux et je lui dis juste de dégager. Je suis sûrement pas sa pire patiente.
Bryan revient enfin et met ses mains sur mon genou et mon pied, je le supplie de ne pas bouger. Il part deux minutes, et revient aussitôt. Il n'y a que lui qui me soulage. Joffrey le remplace à un moment, mais il est agité en permanence et beaucoup moins doux. Je garde le pauvre Bryan a mon chevet pendant environ 2 heures, jusqu'à ce qu'il craque et que ses bras finissent par trembler. Il scotche mon pied comme il peut pour qu'il tienne et ne tombe pas sur le côté. Enfin le docteur de garde se penche sur mon cas, c'est lui qui doit faire la réduction.

Ma jambe avant et après l'opération.


Je remplis des tonnes de papiers, la dame s'appelle Leticia G. et est gauchère comme moi. Je n'ai rien lu mais j'imagine que je renonce à les traîner en justice en cas de soucis. Joffrey revient vers moi et sort de sa blouse un stick pour le lèvres. Je me dis qu'il est super malin car je meurs de soif et mes lèvres sont très sèches. Mais il se marre avec Bryan, en fait il m'a trouvé une super drogue qui va m'achever, car la réduction évidemment c'est pas rigolo (et non, il prête pas son stick). Il me sort une première minuscule fiole et m'explique que c'est 4 fois plus puissant que la morphine et qu'il va tout mettre. C'est potentiellement dangereux et il m'explique dans le détail que je serai sous oxygène et qu'ils ont sorti tous les produits antidotes pour arrêter les effets en cas de problème. Tout ce que je me dis c'est: Je m'en fous, envoie la sauce, tu vas rigoler quand ca marchera pas non plus.

Il y a un second produit qui est sensé me faire oublier la dernière demi heure. Je le regarde comme si il me prenait vraiment pour une idiote mais il rigole pas. Il injecte tout et je ne sens rien du tout. Mais effectivement quand le docteur prend ma jambe et qu'avec Bryan ils remettent mes os en place, je ne sens rien de vraiment douloureux. Pourquoi pas ça pour la radio aussi??? Ils me mettent le plâtre. Tout se passe bien. Joffrey a passé son temps à regarder la machine. Il revient un peu plus tard et me demande si je me souviens de ce qu'ils s'est passé et je lui raconte tout dans le détail. Il fait non de la tête avec un sourire. Je t'avais dit que ca marcherait pas! Mais au moins je n'ai plus mal ou très peu. On va me changer d'hôpital et je devraia aller en chirurgie dans l'après midi. Il est déjà 5 heures du matin, je suis arrivée à 21h.

Fait amusant, en reparlant des radios avec Ben, il me dit que le radiologue est revenu pour des radios de ma jambe plâtrée. Je n'en ai aucun souvenir! donc le produit a dû marcher, juste 20 minutes trop tard. La réduction ne m'a pas choquée, donc je suis contente de ne pas me souvenir du radiologue à la place.

L'ambulance arrive pour me conduire à st Vincent, un hôpital que je connais bien puisque la boutique spécialisée dans le roller derby est juste en face. Joffrey me dit que je serai bien là bas. Il raconte aux ambulanciers à quel point aucun produit ne marche sur moi, je suis définitivement le clown de la soirée, sûrement parce que je n'ai pas trop hurlé ni cracher par terre, ca aide.
Dans l'ambulance, on se montre nos tatouages respectifs. Ca me fait oublier que je vais dans un HÔPITAL.
Dés le départ je déteste, c'est un vrai labyrinthe mais ça ne sent pas la vieille soupe et le formol comme dans mes souvenirs... On me repose encore plein de questions et puis on me dépose dans ma chambre dans le département de chirurgie.




C'est une petite chambre avec un crucifix et une télé. Comme aux urgences il y a le wifi. Ben repart à la maison pour essayer de dormir un peu avant d'aller travailler. Heureusement je tombe sur mon dessin animé favori mais tout d'un coup je me rends compte que je suis toute seule dans un hôpital, que je vais me faire opérer, que j'ai très mal à nouveau, il fait nuit et je suis juste en train de vivre mon pire cauchemar. Je réalise aussi que je vais être un boulet pendant des mois et que je ne vais plus rien faire que j'aime pendant tout ce temps... En gros, je vais pleurer jusqu'à ce que le médecin arrive vers 7h du matin.

J'ai très mal encore et je n'ai pas dormi. Première nuit blanche. Toujours rien à boire et manger. J'ai beau leur dire que la morphine ne marche pas, ils réessayent au cas où. Le chirurgien arrive dans l'après midi pour voir ma jambe et me parler. Il découpe soigneusement mon plâtre pour voir ma jambe et j'ai un très bon feeling.

Quand on voit la facture des urgences, je me dis que la prochaine fois j'amènerai ma boite et mon scotch, ce sera toujours ça de pris. Ca a beaucoup fait rire les ambulanciers aussi quand j'ai demandé MA boite. Ils ont dit non :(

Il m'explique qu'au mieux on pourra mettre une barre en titane dans le tibia, sinon des broches qu'il faudra retirer plus tard, et au pire si c'est vraiment de la bouillie et qu'il ne peut rien faire, mettre une cage à l’extérieur de la jambe comme on voit dans les films, et réduire la fracture comme ça. J'ai juste envie de vomir en entendant ça. Je peux aussi ne pas avoir de chirurgie et me faire poser un plâtre, mais ça veut dire risquer des os tous tordus. Tout dépendra de l’épanchement de sang et du gonflement de la jambe. Je passe en chirurgie à 5h, sauf si il y a un désistement, et je suis première sur la liste.
Du coup je passe un sale moment. Heureusement que j'ai Ben, qui découvre avec bonheur les tables d'hôpital qui se règlent en hauteur pour pouvoir jouer sur mon pc (du coup les infirmières vont en chercher une deuxième pour moi). Heureusement aussi que j'ai Alice parce qu'entre blogueurs on se comprend. Elle me fait des scénarios cochons avec mes pompiers et infirmiers. Je veux pas balancer hein, mais ça me retient de demander une overdose de doliprane jusqu'à l'opération! Merciiiiiiii!!!
On m'a demandé quelle religion j'avais. AU CAS OU JE MEURS.

Bref, arrive l'heure de descendre en chirurgie. Pleurer a eu du bon car personne n'a le droit de toucher à ma jambe: je préviens, je hurle. L'infirmier soulève mon drap et me dit qu'il doit vérifier si je n'ai pas d'autres bleus (pour ne pas que je pense qu'on a joué au rugby avec mon corps au bloc) et qu'on opère la bonne jambe. Oui enfin: J'AI UN PLÂTRE. A moins d'être bigleux.
Donc on descend mon lit d'hôpital entier par l’ascenseur et c'est un vrai cauchemar, on dirait une morgue géante, il fait très froid, c'est blanc. J'arrive en pré op et tous les lits sont vides, je suis peut être la dernière de la journée, tout le monde est fatigué et ils vont faire une erreur médicale, c'est sûr. Mais tout le monde est gentil et souriant, me dit de me détendre, que j'ai pas l'air bien... Je signe encore des trucs, on me demande mon poids, c'est pas le moment de mentir...
Et puis avec les 50 couvertures bouillantes qu'ils ont empilées sur moi, ils me conduisent dans la salle d'opération. Je suis persuadée que je vais me réveiller en plein milieu! Il y a au moins 12 personnes dans la salle, 2 qui discutent devant mes radios au fond. J'aime pas du tout l'infirmier à côté de moi mais il a l'air d'être parti pour rester à me tenir le bras. Tout le monde à l'air de super humeur en tout cas, c'est cool. L'anesthésiste me montre l'aiguille qui va aller dans l'IV et l'infirmier me dit qu'on va me porter sur la table d'opération. Ha non, je crois pas non. Mon chirurgien derrière moi explique que personne ne me touche jusqu'à ce que je dorme. Je vous ai dit que mon chirurgien s'appelle Docteur Shin? Et que le tibia se dit shin bone en anglais? J'ai plutôt confiance du coup.

Je ne me vois pas m'endormir mais le réveil est long. Au départ j'entends juste les annonces de l'hôpital, la messe qui va avoir lieu, les visiteurs qui doivent partir avant 9.30... Quand je me réveille pour de vrai, j'attrape le premier humain que je distingue et je demande à voir ma jambe (parce que si j'ai une cage autour de la jambe, la suite se fera sans moi, je préviens d'avance). Et j'ai juste une bande. L'infirmière me dit: tu vois, elle est toute petite ta jambe maintenant!
Je ne sais pas combien de sang j'ai perdu mais je n'ai pas eu de transfusion.
Je demande si je peux me rendormir car je suis très fatiguée et je n'ai pas dormi depuis 24h. Je crois que j'ai demandé 5 fois. On ne dort pas vraiment avec une anesthésie donc je lutte entre deux eaux. En tout cas je ne lâche pas la main que je trouve, il est hors de question qu'on me laisse toute seule. La pauvre tape à l'ordinateur à une main.
Je remonte dans ma chambre vers 10h du soir, 5h après être partie. J'ai à nouveau une radio vers 5h du matin (pas la peine d’espérer dormir à l'hôpital) et encore une fois il me fait hurler tout en restant complètement impassible. Il ose même ajouter: vous allez aller en chirurgie?
NON J'EN SORS.
Je ne dors encore pas, je ne mange pas. Le chirurgien m'a dit que la douleur serait pire après l'opération et il n'a pas eu tord. Je me tiens la jambe, je n'ai le droit qu'à un anti douleur qui ne marche pas toutes les deux heures. Je regarde la télé et j'appelle l'infirmière 15 minutes avant chaque piqûre pour essayer de gruger un peu mais ca ne marche pas. Une seule fois j'arriverai à avoir ma dose 20 minutes avant l'heure. Je demande des somnifères aussi mais je dois attendre le docteur à 7h. Elle arrive pile à l'heure et me prescrit des somnifères, mais l'infirmière suivante me dit que c'est le jour maintenant, donc pas de somnifères. J'ai des toast gluten free! Mieux que dans l'avion.
Le temps passe lentement, je dois voir un kiné. Les anti douleurs ne marchent toujours pas donc on teste des trucs. Ca aurait été sympa avec des drogues qui marchent.
La kiné me fait sortir du lit, je fais quelques sautillements jusqu'au mur et je suis sur le point de tomber dans les pommes donc on me remet au lit. Elle me dit que normalement personne n'arrive à sortir du lit le premier jour. PIÉGÉE ENCORE.
Je passe encore une nuit sans sommeil ou presque. Les somnifères me font dormir 10 minutes exactement. Ce qui est cool quand tu restes scotchée à l'horloge pour pas louper la prochaine piqûre.

J'ai une sorte de manche sport élec sur mon autre jambe pour maintenir les muscles en forme. Ca aussi c'est pratique pour dormir.
C'est le troisième jour enfin qu'on me trouve un cocktail qui fonctionne. A chaque injection c'est le paradis. Je me dis que c'est exactement ce qu'on ressent quand on prend de l’héroïne. Ca amuse l'infirmière car je passe des pleurs et des crispations au bonheur complet... Je sens le produit passer dans le bras, puis dans le cœur, puis partout. Il y a le câble, mais je regarde surtout des dessins animés, parfait pour fermer les yeux, et il y a aussi la chaîne de l'hôpital qui diffuse la messe, mais aussi des petites vidéos de relaxation. Le son sors de la télécommande donc je dors avec l'oreille dessus.
C'est mon anniversaire dans quelques jours et tout le personnel est content. Je leur explique qu'il n'y a pas moyen que je passe mon anniversaire ici. Alors quand les kinés suivants me disent que je suis jeune et en très bonne condition (si, c'est un compliment. Et j'ai fait en sorte de galoper tout autour du couloir avec une kiné qui tenait l'arrière de ma blouse, pour bien montrer qu'on aller pas me garder là longtemps) et que soit je peux aller dans la section de rééducation, ce qui veut dire partager ma chambre avec des personnes âgées malades mais plusieurs séances de kiné par jour, ou rentrer chez moi. Je choisis de rentrer, quitte à en baver. Le docteur me dit que c'est la première fois qu'une assurance médicale insiste pour qu'un patient reste plus longtemps (normalement ils vous foutent dehors dés qu'ils peuvent). J'ai quelques visiteurs, des fleurs et des cupcakes. J'ai des appels sur Skype. Bizarrement les gens ont l'air surpris quand je leur parle, je ne suis pas dans le coma pourtant!

Retour à la maison pour mon anniversaire.

De retour à la maison ca ne va pas vraiment, je ne peux absolument rien faire, je ne dors pas trop, j'ai très peur du noir, j'entends des voix, je fais des cauchemars monstrueux... Heureusement on a une chambre d'amis avec un lit à matelas dur et je me sens mieux que dans notre lit. J'ai une chouette fête d'anniversaire, et je reçois plein de cadeaux de mes copines de derby et autres amis. On m'a encore donné des drogues qui ne marchent pas. Je suis un peu énervée quand un infirmier qui vient me rendre visite à domicile me dit que je peux les couper en deux si c'est trop fort... Les somnifères que tout le monde me conseille ne marchent pas non plus.

Une des deux cartes géantes des copines de derby


Les semaines passent avec des hauts et des bas. J'ai ma première visite post op et on m'enlève mes agrafes. Les cicatrices sont petites en fait! Je sens les têtes des vis juste dessous. Je me déplace en béquilles ou fauteuil roulant quand il y a de la distance à faire (les gens sont gentils du coup, mais certains me regardent comme si je n'avais rien à faire en fauteuil vu que je n'ai pas de plâtre ni rien. Au pays des obèses en petits scooters électriques et places handicapées, c'est osé).

Maintenant ca fera presque deux mois et rien n'a vraiment changé à part la douleur qui a disparu. Je vais aller chez un kiné pour des massages. Je ne dors toujours pas bien, mais le manque d'activités est dur sur tous les points. Les os seront réparés dans 5 mois!

Niveau facture, on n'a pas encore celle de l'hôpital. Les urgences ont coûtées 7500 dollars (on ne devrait payer que 100 dollars sur la somme), environ 1000 dollars de pompiers et 1000 d'ambulance, qu'on ne paye pas de notre poche. La chirurgie sera le gros morceau donc on pense qu'on payera le maximum possible avec notre assurance pour un an (après ça, je peux me casser l'autre jambe, ce sera offert par la maison) soit 4000 dollars. C'est le pire du pire donc on s'y attend.
Sans assurance, tout ça sera de votre poche. Donc si vous partez en vacances ici, renseignez vous auprès de la sécu et de votre mutuelle. Si vous avez un bobo, allez dans une pharmacie, pas aux urgences.
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