Jerry : No, I'll be back.
Kramer : Jerry, it's L.A., nobody leaves. She's a seductress, she's a siren, she's a virgin, she's a whore.
Seinfield, "The Finale"

jeudi 10 octobre 2013

Mon premier scrimmage: comme sur des roulettes.

Si on veut traduire en français, un scrimmage est une mêlée, comme au rugby. Mais c'est surtout et en fait un match non-officiel, plus qu'un entraînement.

Donc voilà, paradoxalement, j'ai eu ce mardi mon premier scrimmage officiel, c'est à dire une répétition pour le match public du 20 octobre *avale sa salive difficilement*. Du coup, tout le monde était là, les arbitres, les coaches, les deux équipes au grand complet. Ca se bouscule aux toilettes avant le coup de sifflet du départ, parce qu'on ne sort pas de la piste une fois lancé. Ce qui est amusant, car je ne vois jamais personne sortir du cours pour aller faire pipi alors qu'on enchaîne parfois 3 heures d'entraînements sans pause. #pisseuses

Toutes les petites nouvelles, dont moi du coup, ont passé la journée à stresser et à essayer de ne pas vomir (je ne fais jamais comme tout le monde, du coup j'ai fait une longue sieste pour me réveiller 5 minutes avant de partir).
Réunion de l'équipe. Est-ce qu'on parle stratégie? Tactique? Motivation? Mais non bien sûr, on parle avec excitation de notre séance photo officielle qui aura lieu dimanche! On met quoi? Portrait ou photo en pied? Ca nous détend avant le lancement. On est des gonzesses ou bien??
On a eu quelques occasions pour s'entraîner avec des arbitres pendant les cours, mais  là, tous les  arbitres réglementaires sont là, et ça fait du monde. On doit tout respecter à la lettre: pas un doigt de pied en dehors de notre zone rose, on reste avec notre groupe, on écoute (moi qui adore regarder le roller derby, c'était dure de me dire: "oh, écoute ton capitaine, c'est toi qui joue dans 30 secondes!!" Je ferai un arbitre très concentré).
Il y a aussi quelques spectateurs dans les gradins: nos copines tombées au combat et celles qui ne se sentent pas encore prêtes à jouer un match (oui, on est vachement prêtes. Je ne me souviens même plus qu'on m'ait demandé mon avis), des joueuses en équipe qui ont leur entraînement l'heure suivante mais jettent un coup d'oeil sur les jeunes espoirs (et se moquent ouvertement de nos erreurs. C'est dans ces moments-là qu'on entend automatiquement la musique de Benny Hill dans notre tête) et quelques chéris.
Pas trop de stress donc, sachant que le jour J, il y aura environ 1000 personnes (qui ont payé!!) pour nous regarder à la loupe, et avec de la chance, peut-être une dizaine qui nous connaissent. J'avoue, le derby, c'est mon truc à moi et quasiment personne ne m'a vu sur des patins, encore moins en entraînement. Donc quand j'invite des gens à venir au match, j'ajoute toujours: "c'est pas grave si tu peux pas venir hein!!". Et puis en réfléchissant bien, comme me l'a dit une collègue: "le pire qui puisse t'arriver c'est que tu te foutes le feu. Reste loin de toute source de chaleur et ça ira".
Pas faux. C'est comme quand quelqu'un me dit qu'il ne connait pas les règles du roller derby. Nous non plus donc c'est pas grave.

D'ailleurs si vous ne connaissez pas les règles non plus, piqûre de rappel:


Bon bref, nous voilà toutes sur nos bancs, notre coach a même amené une ardoise blanche. Honnêtement, elle a l'air plus nerveux et excité que nous. C'est comme si elle jouait à la Barbie en fait. En effet en tant que joueuse, on n'a que deux repères: les arbitres et les coachs. C'est aussi pour ça que les sifflements sont strictement interdits dans le public car on peut les confondre avec ceux des arbitres.
Ma sieste m'a bien servie car je suis bien détendue. De toute façon, rien de pire que d'habitude ne peut arriver, tout le monde connait le niveau de tout le monde, je ne risque donc pas de décevoir qui que soit :)

Au contraire, alors que la première "mi-temps" se passe moyennement bien mais qu'on récolte quand même 20 points d'avance sur l'autre équipe, j'ai comme un déclic à la seconde mi-temps. Jusqu'à présent je m'étais toujours dit que je devais rester dans le pack, ne pas tomber, ne pas utiliser mes bras et prendre de la place. En  gros j'étais physiquement présente, mais bon. Je ne sais pas à quel moment exactement ça a changé. Je crois que c'est quand je me suis retrouvée paumée à l'arrière et que les deux jammeuses sont arrivées dans mon dos. La jammeuse de mon équipe à arrêté le jam trop tard et la seconde jammeuse m'a dépassé: je suis devenue un point comme ça, super facilement, alors que ma jammeuse était en tête. Même si ce n'était pas entièrement de ma faute, ça m'a vraiment énervée. Ca a dû me booster car les jams suivants se sont bien mieux passés pour moi, je n'ai rien lâché même si je n'ai pas toujours fait ce que je voulais. On sait ce qu'on doit faire, mais notre corps boude: "ouais, mais non, pas aujourd'hui, Cerveau."
Et puis l'autre équipe ne remonte pas et stagne à 80 points alors qu'on monte a 120. Mais on ne prend pas confiance en nous du tout, et notre coach nous demande de ne pas regarder le score, et de se dire qu'on est à égalité avec l'autre équipe. Elle nous demande aussi sans arrêt si on s'amuse. Et bien, vachement plus qu'au paintball (pourtant je m'éclate au paintball). On passe de la colère au rire rapidement, on se fait mal, on est fiers, on est déçues. On va bien dormir ce soir.

Et puis le dernier jam arrive et mon pack est en piste. Comme on a pas assez de temps, chaque pénalité nous fait sortir de la piste. Je ne peux pas en dire plus, à part qu'à un moment, je me sens à la fois dépassée et en contrôle. En vrai, je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est passé, à part que la jammeuse essayait de me dépasser du côté du rail et que je la retenais elle et son assist. Il se pourrait que la tête de l'une des deux ai rencontré mon coude, et l'arbitre a appelé mon numéro. Ma première pénalité! Le match se termine et certaines co-équipière me félicitent. Apparemment j'ai retenu le pack toute seule dans un grand moment de largage. Le soucis c'est que je ne peux même pas en être fière car ce n'était pas du tout voulu et que je pense que j'étais au bon endroit au bon moment. J'ai des sourires muets d'approbation de la part des joueuses les plus émérites, celles qui ne te parlent pas tant que tu n'as pas fait tes preuves et qui râlent un peu quand tu dois bosser avec elles. Et bien ça vaut tout l'or du monde d'être considéré en tant que telle (pardon, je suis dans un marathon Kaamelott) et de savoir que je ne suis pas (plus) le poids qui tire l'équipe vers le bas. C'est dommage que je ne me souvienne pas de ce moment épique, à part le coup de coude, qui était peut-être volontaire. Ou pas.

Mais le meilleur du meilleur des moments, c'est en rentrant à la maison. Je me jette sur Facebook, et j'habite relativement loin donc les copines se sont déjà déchaînées. On discute, on se félicite, on raconte nos exploits perso, et deux joueuses de l'équipe adverse me disent que leur coach trouvait que je ne jouais pas assez et que c'était dommage (j'ai dû quitter la ligne de départ plusieurs fois quand on avait une pénalité). Si je ne venais pas de mettre toutes mes hormones dans les émotions du scrimmage, j'aurai peut-être les larmes aux yeux. Mais en fait je me dis surtout que je ne me rends pas compte de tout ça et que je suis toujours le vilain petit canard, choisie en dernier en cours de sport pendant 10 ans de scolarité parce qu'elle à peur de la balle (mais surtout des autres filles qui étaient de méga s*lopes).

Ca vous donne une idée de l'ambiance extraordinaire de l'équipe et de cette ligue. J'aurai laissé tombé bien plus tôt si ça n'avait été pour des joueuses plus expérimentées qui m'encouragent dés le départ. Parce que j'ai été la fille qui ne tenait pas sur des patins et qui refusait de monter sur la piste pendant des mois (et qui s'éclatait quand même). Mais il y avait toujours quelqu'un pour me dire: "ne laisse pas tomber, tu vas voir, ça va aller mieux." Ou "je pensais vraiment que j'allais devoir te porter ou te traîner, mais en fait tu t'en sors très bien". Il y a aussi celles qui se sont moqué de moi, mais je les compte sur les doigts d'une seule main (et si je les croise dans l'équipe adverse, elles sont ma cible numéro 1).

Vous étiez où quand j'avais besoin d'entendre ça quand j'étais ado? Maintenant quand ça va mal, je prends mes patins et je vais à un cours. Même si c'est 50% de politesse et d'excellente éducation, c'est la première fois qu'on m'encourage de cette façon. C'est aussi la première fois que je pratique un sport sérieusement et que je fais partie d'une équipe! Et pas une équipe de curling: une équipe de roller derby.


Vivement le match du coup!
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dimanche 6 octobre 2013

Gravity

Comme la plupart des films catastrophe, le nouveau film d'Alfonso Cuarón a un scénario très simple : deux spationautes se retrouvent livrés à eux mêmes au milieu de l'espace après un incident majeur. On n'est pas là pour se faire des nœuds au cerveau mais pour accompagner les deux héros dans leur lutte pour survivre.

Contrairement aux films catastrophe classiques, Gravity se veut très humain et très proche des personnages. Les seuls sons qu'on entend sont leurs communications radios et leur respiration. Alfonso Cuarón veut qu'on soit dans leur peau, parfois même littéralement grâce à des plans à la première personne très réussi. L'absence de son est très déroutante et rend les scènes de désastre encore plus impressionnantes.


Mais Gravity est bien plus qu'un film catastrophe. C'est aussi un film contemplatif qu'on pourrait qualifier de pornographie spatiale. Jamais la Terre vue de l'espace et le vide sidéral n'ont été aussi bien montrés. On se sent soit totalement perdu au milieu du vide soit écrasé par les continents en contre-bas. L’apesanteur offre toujours une certaine poésie renforcée cette fois par des effets spéciaux parfaits. Contemplatif ne veut pas dire chiant. Au contraire même le film laisse peu de répit aux héros comme au spectateur.

Pour ceux qui en doutaient encore après Children Of Men, Alfonso Cuarón sait tenir une caméra. Après 15 minutes de travelling, zoom, changements de points de vue...., on réalise que c'est toujours le même plan séquence. Même au milieu du chaos, on ne ratte pas une miette de ce qui se passe. La photo est exceptionnelle et la bande originale sait se faire légère. Clooney fait du Clooney et Sandra Bullock est brillante.

Attendre une sortie en Blu-Ray est un crime. Gravity fait partie de ces films qui justifie l'existence du cinéma et de l'appellation septième art. Sortie en France le 23 octobre



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