Jerry : No, I'll be back.
Kramer : Jerry, it's L.A., nobody leaves. She's a seductress, she's a siren, she's a virgin, she's a whore.
Seinfield, "The Finale"

lundi 18 mars 2013

L'anglais au quotidien

C'est vrai que ça parait toujours curieux pour ceux qui n'ont jamais eu à vraiment parler une autre langue que le français dans un autre pays. Comment ça se passe niveau anglais au bout de 3 ans et demi en immersion totale aux États Unis?

J'avoue que l'anglais n'a jamais été mon fort à l'école (la seule matière où j'ai toujours excellé était le français ), mais je n'ai jamais eu vraiment peur en arrivant ici ( ni pour la langue ni pour rien d'ailleurs ). La première année, je me débrouillais comme je pouvais pour communiquer car j'étais vraiment archi nulle ( je n'avais jamais pratiqué il faut dire ). Comme il y a une grosse majorité d'étrangers ici, je me fondais bien dans la masse et l'habitude des accents et de la grammaire chancelante a rendu les habitants de la ville très patients et compréhensifs. Je pouvais les faire répéter parfois 3 fois sans soucis ( sauf quand ils répétaient la même chose, juste en augmentant le volume... ) et avec le sourire en prime. Je me souviens très bien de mon premier moment de solitude à la caisse, quand la caissière m'a demandé comment j'allais. Le choc culturel que beaucoup de Français connaissent en arrivant ici: on vous demande comment vous allez. Peut-être que dans l'ensemble ils s'en fichent pas mal ( personne ne se vexera si vous ne posez pas la question en retour d'ailleurs. La conversation est par contre clairement engagée si on vous demande " what are you up to?" et pas seulement "How are you?" ), mais il se peut que si vous répondez seulement un petit "fine", on vous répondra: "what happened to AWESOME??".
Vous devez péter la forme quand vous vivez ici. Sinon aller prendre un smoothie bio aux protéines de soja et réservez un cours de yoga.

Du coup je n'ai pris des cours d'anglais qu'un an après mon arrivée ici, ce qui est dommage car du coup pendant cette première année, sachant que nous n'avions que des amis Américains a une ou deux exceptions près, les conversations étaient très compliquées, surtout de leur côté, car je comprenais très bien, mais même si dans ma tête mon anglais été correct, ils ne percevaient que du charabia. Donc j'en ai eu marre.

Des cours d'ESL ( english as a second language ) gratuits ou très peu chers, et publics, il y en a PARTOUT, donc google est votre ami. Choisissez le plus proche de chez vous, et changez si vous ne vous sentez pas à l'aise ou que le niveau ne vous convient pas.
Après deux semaines seulement, j'ai vu la différence. En effet, en théorie, mon anglais était correct, mais ma prononciation était zéro. Ce qu'on ne nous apprend jamais à l'école en fait. Donc les exercices de linguistiques étaient mes préférés et les plus efficaces, et c'est encore ce qui pose soucis aujourd'hui quand on voit la mine déconfite de notre interlocuteur. Si il bloque complètement sur ce qu'on essaye de dire, une solution: essayez toutes les combinaison possibles jusqu'à ce qu'il pige. J'avoue que 70% du temps, quand il répète le dit-mot, je ne vois pas du tout la différence avec ce que je viens de dire, mais admettons.
Le reste, vous l'apprendrez en cours. Mais l'une des clef quand on veut apprendre vite, c'est l'écoute, et donc la télé sera une alliée indispensable. La télé d'abord, puis plus tard la radio, quand il faudra se détacher du contexte pour vraiment comprendre ce qu'il se dit. C'est là que le pire cauchemar du français aux Etats Unis va devenir son ami: les pubs. C'est bien connu, il y en a des tonnes ici et les mêmes pubs passent en boucle. Donc ne zappez pas et regardez les, apprenez les par coeur jusqu'à ce que vous vous compreniez absolument tous les mots. Mais il ne faut pas seulement comprendre les mots, il faut aussi enregistrer la façon dont ils se disent et gagner du temps.

J'ai pris ces cours pendant un peu moins d'un an, quand j'ai senti que je m'y ennuyais et qu'on refaisait les mêmes leçons en boucle. Et surtout, on ne parle pas suffisamment quand on est 30 personnes. Donc essayez d'avoir des amis Américains, ou d'aller discuter avec vos voisins quand vous le pouvez. Et comme l'Américain est très curieux, il suffit que vous soyez vous-même dehors pour que quelqu'un vienne vous parler. Mais c'est un autre sujet!

Donc au final aujourd'hui, outre l'anglais qui se porte pas trop mal ma foi, c'est surtout la culture qu'on absorbe au fil du temps. On acquiert beaucoup de références, ce qui nous permet de vraiment s'intégrer, quelque soit le pays. Ca évite d'être largué à coup de " Hein? Mais c'est qui? De qui il parle? Je comprends pas? ". Surtout si vous êtes à Los Angeles, ça tournera beaucoup autour des célébrités, des derniers films sortis, du nouveau bar en vogue... Et croyez-moi, pas que chez les jeunes! N'oubliez pas que religion et politique ( dans la limite du raisonnable ) sont exclus. Gardez ça pour Facebook ou pour vos amis Américains proches qui n'hésiteront pas à vous donner leur avis clairement sans que ça dégénère. N'oubliez pas que vous êtes dans un pays étrangers; même si vous avez dans l'ensemble l'impression d'être en Europe, la culture est très différente. Ne les vexez pas avec des à priori, mais posez plutôt des questions. Les réponses vous éclaireront et vous feront peut-être changer d'avis sur des habitudes que vous ne compreniez simplement pas!

Pour les références, pas de secret: on lit tout ce qu'on peut en anglais, que ce soit les grands classiques ou les magazines people, on écoute la radio et on voit si on comprend ce qu'il se dit et les paroles des chansons, on va au cinéma, parce qu'il n'y a pas de filet de sécurité (pas de sous-titres), et on discute.
Votre cerveau fonctionne très bien si vous n'y pensez pas. Par exemple vous ne réfléchissez pas intensément à ce que font vos pieds lorsque vous montez un escalier, au risque de tomber. Là c'est pareil, just relax, laissez-le traduire dans les deux sens et n'hésitez pas à faire répéter. On fait également répéter lorsqu'on nous parle en français après tout!

En pratique, comment ça marche chez nous; et bien c'est simple, déjà on parle français entre nous évidemment. On parle tous en anglais même si il n'y a qu'un anglophone parmi nous, parce que c'est la politesse et parce que c'est toujours un exercice. Même si il n'écoute pas vraiment notre conversation, on continue en anglais.
Les séries et films, toujours en anglais, puisqu'on ne regarde pas de films ou séries français. Rarement de sous titres. On les met parfois, mais je ne pense pas qu'on les lise de toute façon.
La lecture, exclusivement en anglais également.

En fait, on s'aperçoit que notre cerveau s'est métamorphosé quand on revient en France. On n'a plus l'habitude d'entendre parler français déjà. C'est très perturbant les premiers jours et c'est souvent à ce moment-là qu'on a un mal de tête. Je passe sur tout ce qui nous retombe dessus à part ça, le choc culturel mache dans les deux sens.
Mais du coup, reparler français à 100% est très perturbant aussi. On a tendance à s'adresser au serveur ou au vendeur en anglais par exemple, quitte à passer pour un frimeur aux yeux des amis présents ("holala, trop dur de reparler français!").



(je tiens à dire que je n'ai JAMAIS rêvé en anglais :) Par contre je pense en anglais disont 40% du temps )

Donc on a des moments de solitude aussi au final. Surtout que j'ai un gros défaut: s'il y a un mot en anglais dans la phrase ( bon, peut-être pas "week-end" ), je vais finir le reste de la phrase en anglais. Du coup ça a donné pour de vrai au cinéma: "un ticket pour Drive, please."      *Et merde...*
Sinon, la télé française n'a pas que des avantages. Outre le fait qu'on doit se retenir de pisser ou d'aller chercher un coca pendant une heure parce qu'il n'y a quasiment pas de pub, il y a, les DOUBLAGES FRANCAIS! Et alors là, c'est comme avoir écouté du Mozart pendant 10 ans tous les jours, et que soudainement on vous met du Bieber. Ca fait physiquement mal partout.  Du coup le téléchargement illégal est amplement pardonné de mon point de vue. On va vers une génération de petits anglophones!



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16 commentaires:

  1. Aaargh regarder une série ou un film en français! Sacrilège! Ca casse le jeux des acteurs et on passe à côté de tellement de jeux de mots et de références... Et est-ce que les mots qui viennent spontanément tels que "merde" (après s'être cognée par exemple) ou tout autre mot de ce style, ils restent français ou sont ils anglais?

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    1. Un truc bizarre: quand on a eu notre lapin qui a été trouvé dans la rue par une amie, je lui parlais en anglais au départ, comme si il lui fallait un temps d'adaptation -_-

      Sinon non, même en voiture, je parle en français. En fait c'est très facile de passer d'une langue à l'autre au bout d'un moment, on y réfléchit pas. Et comme généralement les Français autour parlent anglais aussi, on peut continuer en anglais ce ne sera pas gênant. C'est pour ça qu'on a des reflexes bizarres quand on revient en France du coup...

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  2. Ca me rappel que je détestais Scrubs en France. Puis j'ai passé 4 mois en Irlande. Et j'ai adoré en VF ça à rien à voir. Ca reste bébéte mais toujours moins qu'en français. Et le choc quand de retour en France, je cherchais mes mots!! Dans ma langue natale!!!

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    1. Ha nan mais chercher ses mots, c'est mon quotidien! On invente des mots français aussi ( j'ai dit "accomodité" une fois... )

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  3. Salut premier com. dans ton blog que je trouve extra même si je ne vis pas à LA ...
    J'ai vu que tu veux nous faire aimé les pubs à la télé américaine ... Mais non, ça ne marche pas, je vis au Québec et ... je trouve ça toujours aussi chiant.

    Sinon, j'ai vécu 1 an en UK et quelques mois à Zagreb et ... je rentrais super fatiguée. J'étais quand même bien contente quand je rencontrais des français. Par contre, maintenant, je suis bien contente d'avoir des américains qui ne captent pas grand chose au français dans mon bureau.
    Autant, le parler très longtemps me saoule autant ne plus le parler me manque ...

    Bonne continuation.

    Claire

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    1. C'est sûr, c'est très fatiguant! On s'en souvient quand on a des amis Américains qui passent la soirée avec nous et qui parlent français! Au bout de quelques heures il décrochent.

      Je décroche parfois rapidement aussi, mais ça dépend du niveau d'implication dans la conversation. Je dois paraître malpolie des fois, mais c'est simplement que je n'ai pas du tout envie de parler anglais en tête à tête avec quelqu'un à ce moment-là.

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  4. Ton article m'a fait particulièrement sourire :-) Ah les français et la prononciation...cela a occasionné de mon côté de nombreux quiproquos. J'ai décidé de prendre les choses en main moi aussi je profite de mon DIF et j'ai aussi pris à côté des cours payés par mes soins.
    Une seule hâte avoir la possibilité de m'expatrier quelques temps pour une immersion totale!

    A bientôt,

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  5. C'est clair que la prochaine étape pour moi c'est aussi la prononciation!!! Quand on me fait répéter 3 fois le mot Cheddar à la cantine, je me dis qu'il y a un problème!
    Et pareil quand je rentre en France, j'ai des thanks, sorry et please qui sortent souvent!

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    1. L'autre problème quand on rentre en France: tout le monde comprend ce qu'on dit! Alors qu'ici on peut y aller franco niveau gros mots ou sujets pas recommandables en public, personne ne comprend de toute façon.
      En France faut se souvenir de faire attention.

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    2. A NY, je me méfie quand même bcp, il y a des francais à tous les coins de rue!!!

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    3. C'est clair, des Anglais et des Français.

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  6. C'est amusant que tu postes sur ce sujet actuellement!!! Cette semaine je me demandais justement où tu pouvais en être de ta maîtrise de l'anglais à présent. Je me disais que tu rêvais sans doute in English. Je me rappelle que durant mes années lycées où je préparais un BAC de langues Anglais, Allemand, Espagnol, mes rêves les plus cools étaient justement ceux que je faisais dans une autre langue que le français. J'étais complètement fluent et je pouvais parler de tout ce que je voulais. Je me réveillais et je trouvais ça génial et aussi frustrant car en état éveillé, j'étais moins désinhibée. Alors que grâce à mes rêves je constatais que toutes les infos était bien stockées dans mon cerveau.

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  7. En plus, tu seras sénile plus tard ;) Apparemment, le fait de devoir jongler au quotidien entre deux langues créée des connections supplémentaires dans le cerveau, même à l'âge adulte et on gagnerait en moyenne 5 ans sur les autres avant perte de mémoire et confusions diverses.

    Brefle.

    J'ai fait que 6 mois aux US, mais mon niveau d'anglais était bon en arrivant, je lisais, parlais, écrivait couramment avant d'y aller, j'ai toujours (= depuis que j'ai 10 ans et que ma mère avait décidé que j'étais assez grande pour cela) tout regardé en V.O., donc pas trop de soucis avec l'anglais parlé. Ça m'a "rien fait", du coup (à part améliorer mon accent que j'ai évidemment perdu deux semaines après être rentrée).

    Par contre, mon arrivée en Italie avec un niveau proche du zéro à devoir passer de l'italien que je ne parlais pas à l'anglais tous les jours au boulot, sans pouvoir passer par le français, j'en ai vraiment au mal au cerveau. Et c'est là qu'une collègue italienne se pointe avec une lettre en allemand qu'il faut que tu lui traduises en italien et la soupape pète :D

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  8. D,accord avec toi que meme s'il n'y a qu'un anglophone autour, on doit parler francais. Les francais oublie souvent cette regle de politesse et franchement ca me gonfle GRRRR! . Je trouve ca vraiment mal poli je reprend toujours tout le monde . On me prend pour la chieuse mais parler en francais empeche les autres de participer a la conversation (meme s'ils n'ont pas l'air d'écouter, au moins on n'a pas l'air de parler d'eux )
    Sion moi pareil pour l'accent mais ca s'améliore largement.
    Elisa Canadoux

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  9. Il est super cet article, très intéressant. Je vais parler anglais pendant 6 mois non-stop dès le mois prochain, j'ai hâte de voir si je ne vais pas me lasser, me fatiguer, ou si je vais pouvoir rêver en anglais ! Car pour le coup je serai totalement coupée des Français, ou presque ;-)
    Bises Laetitia

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  10. Avec cet article, tu réponds à pas mal de mes questions. Mon mari et moi arrivons à LA en automne et je passe mes journées à regarder des films en VO ou des chaînes d'info anglaises. Et effectivement, mon oreille se fait, petit à petit. J'hésitais à prendre des cours en arrivant à LA, mais tu m'as convaincu de le faire. Merci !

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