Jerry : No, I'll be back.
Kramer : Jerry, it's L.A., nobody leaves. She's a seductress, she's a siren, she's a virgin, she's a whore.
Seinfield, "The Finale"

mardi 4 décembre 2012

L'amère patrie

Le Monde écrivait cette article le 30 novembre dernier: les impatriés, l'amère patrie.

Etude de texte numéro 2, cette fois-ci sur le retour définitif au pays du fromage, après celle que j'avais faite sur les vacances en France et cette frontière épaisse qui nous sépare de nos compatriotes restés sur la terre natale.

Le retour définitif au pays, comme vous devez déjà le savoir, ce n'est pas encore une option pour nous ( de toute façon, elle ne serait pas la bienvenue, et ne serait probablement pas celle choisie ). On en a encore pour trois ans ici, ce qui veut dire que l'on est seulement à la moitié de notre expatriation.
De plus, comme au bout de 5 ans on peut prétendre à une carte verte, moyennant de larges finances généralement couvertes par l'entreprise qui veut garder main mise sur vous, on croise les doigts.

Le retour au pays donc, on n'en a qu'une vague goût lors du fameux retour pour les vacances, qui elles déjà se passent moyennement bien ( et ici ).
J'imagine que l'état d'esprit est totalement différent lorsque l'on subit une vraie réinstallation dans les normes...

On n'a que très peu de retour des amis repartis vers des contrées éloignées et familières. Souvent, ils sont à nouveau refondus dans la masse des "gens en France". On échange trois mots et se reperd de vue, car la douane est facile à passer à la frontière des expatriés.
Heureusement, la vague des nouveaux arrivants est souvent aussi haute que celle des départs, ce qui nous console rapidement. On ne fait pas vraiment face à la solitude.


"Ce qui m'aide à tenir, c'est de me dire que je vais repartir un jour." Corinne Béquin n'a pas de destination précise en tête. Seule certitude : elle ne veut pasrester en France. Après sept ans en Tunisie, puis quatre en Chine, cette mère de quatre enfants se sent prisonnière de sa petite banlieue de Verneuil-sur-Seine (Yvelines) qu'elle a retrouvée la mort dans l'âme : "J'ai l'impression d'avoir vieilli d'un coup. Je me sens dépressive et j'ai des crises d'angoisse. A Shanghaï, c'était très facile de se faire des amis. Ici, je suis retombée dans l'anonymat. Je me sens comme une étrangère dans mon propre pays." Etranger dans son propre pays : l'expression revient comme un leitmotiv dans la bouche des anciens expatriés. L'atterrissage est d'autant plus brutal que la période d'expatriation a été longue (on parle du "cap des cinq ans"), le pays de résidence éloigné et le retour subi.

Outre le fait que déjà les "gens en France" s'imaginent que nous vivons le rêve américain, avec grosse barraque au bord de la mer ( bon, ça, j'avoue que c'est fréquent ), avantages fiscaux et paye de folie, ils s'imaginent également que ceux qui rentrent le font volontairement. Alors, ça arrive, je ne dis pas. Mais parmi les gens que je connais, peut-être deux couples veulent vraiment repartir en France, et ne le font pas car ils considèrent que ce n'est pas le moment idéal pour rentrer en France. Les autres ne VEULENT PAS rentrer. Soit ils arrivent à cours d'argent et n'ont pas trouvé d'emploi ici ( je rappelle que c'est une MAUVAISE IDEE et que c'est également illégal de chercher du travail aux Etats Unis si vous n'avez pas d'autorisation de travail ). Soit ils se sont fait renvoyés de la boîte privée pour laquelle ils travaillaient ( et oui, il y a des gens en contrat local, comme Ben. ). Soient ils arrivent à la fin de leur contrat/visa/n'ont plus de fonds pour finir leurs recherches.
En gros, bien souvent, le retour en France se fait la mort dans l'âme et à reculons, autant dire dans les pires conditions morales pour s'adapter à un pays qui a changé, et qui est nouveau à nos yeux.


 Leur vague à l'âme s'est aussitôt heurté à l'incompréhension des proches : "Votre famille ne s'attend pas à ce que vous ne soyez pas heureux de rentrer, confie Pascal Béquin. Mais la réalité est que nous nous sommes habitués à vivre loin d'eux."

Haaa la famille, les amis... Des gens à qui l'on pense tous les jours, et qui sont au final, notre seule ancre avec le pays laissé derrière. Seulement, il est souvent plus facile d'aimer quelqu'un à distance.
Et puis ajoutez à celà, une fois la distance physique supprimée, la distance morale à supporter.
On repense à son ex(-pays), aux bons moments vécu avec lui, nos repas partagés, nos éclats de rire... Il paraît qu'il faut la moitié du temps d'une relation pour l'oublier...












 Donc voilà, pardon pour avoir la tête ailleurs pendant les prochaines années, chère famille.

Le tableau brossé n'est pas franchement de la même couleur : attitude négative, rigidité de l'administration et du système scolaire, froideur des rapports humains, assistanat et individualisme... L'"amère patrie" passe un mauvais quart d'heure. Rien ne sembletourner rond dans l'Hexagone. Les deux expertes en retours difficiles invitent alors l'audience à "se raccrocher aux bons côtés de la France : la beauté de ses paysages et de Paris, les arts de la table, la richesse de l'offre culturelle".
Toujours pareil: l'ex aussi était pas mal. On l'avait découvert en large et en travers, on avait appris à l'aimer si ça n'avait pas été le coup de foudre...Et un jour, alors que la passion à laissé la place à un amour pur et confortable, on nous l'enlève et nous mets un type un peu ordinaire à la place alors qu'on était habitué à l'extraordinaire. On peut faire un effort pendant quelques temps, mais l'apollon à la peau dorée reviendra hanter nos rêves ( oui, on parle toujours de pays ).



Jean-François Scordia se heurte au scepticisme des banques et des employeurs potentiels. Personne ne semble croire à la réalité de son rêve américain : "Quand je leur parlais de chiffres d'affaires de 10 millions de dollars pour un restaurant, ils pensaient que je racontais des bobards. Pour moi, c'est le signe d'un pays qui pense petit. On dirait qu'il y a une peur de progresser et de grandir."

Ca je ne peux pas dire, mais j'ai plusieurs amis maintenant, des entrepreneurs qui cherchent à venir ( Laurel arrive bientôt!! Ouiiiii! J'aurai une excuse pour aller à San Francisco ). Bizarrement, le pays de l'élitisme n'est peut-être pas celui auquel on pense...


Rentrée en juillet 2010 après douze ans à l'étranger, elle a redécouvert"un rapport à la culturequ'elle ne trouvait pas au Canada. Aujourd'hui, cette Montreuilloise d'une quarantaine d'années s'émerveille du goût hexagonal pour le débat : "Les gens sont intéressés par ce qui se passe dans la sphère publique. En France, tout le monde a une opinion sur quelque chose."

J'ai déjà expliqué comme je ne me sentais pas concernée par ce point... Bien des Français se retrouvent comme des ronds de flan lorsqu'ils essayent d'avoir une conversation sur la politique, le mariage des homosexuels ou la nouvelle Prius avec des Américains pour au final n'obtenir que de vagues réponses. Là encore il faut éviter de juger: c'est une différence culturelle comme les autres à accepter, tout comme on accepte que les Japonais ne font pas la bise et mangent avec des baguettes.
Pour ma part, ça me convient parfaitement, pas parce que je suis stupide, je crois, mais parce que cette abondance d'avis me saoûle. Ca parle météo ( trop chaud, trop froid, dans tous les cas ce n'est pas normal, bien sûr ), et il faut rétablir la peine de mort, et les religions c'est de la m*rde, et ils ont encore augmenté les impôts... Ca va bien 5 minutes.

Et pour finir, car je suis sûre que c'est déjà arrivé dans la tête de certains d'entre vous: la partie concernant l'expatrié qui vomit constament sur la France. Je n'ai qu'une seule chose à répondre: je trouve les "gens de France" bien plus coriaces et mesquins avec le pays où ils vivent, que nous avec le pays que nous avons quitté.
Mais je sais que si vous lisez mon blog, c'est que vous êtes soit en attente d'expatriation, soit expatrié, soit intéressé par la vie des expatriés et donc pas forcément dans cet état d'esprit chauvin du "moi j'ai le droit mais pas toi".

Lisez aussi l'article de the Travelin' Girl, qui revient de New York avec pertes et fracas.


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13 commentaires:

  1. moi j'adore Los Angeles
    http://lifeinurbanspace.blogspot.fr/

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  2. Juste pour infos, si tu nous comptes parmis les 2 couples qui veulent rentrer... on ne veut pas forcement rentrer en France, mais quitter Los Angeles !
    Ca ne nous dérangerais pas de partir plus vers SF :)

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    1. On roise les doigts! Ca me donnerait deux excuses pour aller à SF.

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  3. Depuis que l'on est ici ma pire hantise est d'atteindre le jour ou ma boite va me demander de rentrer sachant que c'est sur a 100% que cela va arriver.

    En attendant on profite a 100% en se disant que le retour en France ne sera pas un retour mais un autre départ.....

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    1. Si on devait retourner en France, je pense que non seulement on chercherait a repartir dans un autre pays rapidement, mais surtout on voyagerait a travers l'Europe! Découvrir complètement un nouveau pays donne goût au voyage et fait apprendre à découvrir.

      Ca forme la jeunesse quoi :)

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  4. Bonjour,
    je viens de decouvrir ton blog et je trouve ce billet fort interessant. Expatriee moi-meme, j,ai connu les deux, l'expatriation et le retour (pas en France mais, a mon pays natal, l'Allemagne. Apres 5 ans sous le doux soleil de San Diego, nous sommes rentres au pays de mon homme et c'est lui qui en arrache bien plus que moi. Je pense que c'est d'une certaine facon le choc de voir son propre pays avec les yeux d'autrui et de decouvir tous les etrangetees qu'on est pret a accepter chez les autres (comme exotiques) mais pas chez nous. On a pas mal de coups de gueule depuis notre arrivee ici. Peut-etre faudrait il recommencer a decouvrir le chez nous avec le meme esprit ouvert avec lequel on decouvre le pays d'expatriation...?
    Bonne continuation
    Sylvia

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  5. Excellent article, tout est très bien résumé !

    Voilà plus de deux ans que je suis rentré en France et je dois me remémorer chaque jour pourquoi je suis revenu, tellement la vie n'a rien à voir ici. Le plus dur, ça reste la mentalité des gens (avoir une opinion sur tout, disons plutôt des préjugés sur tout, c'est fatiguant) et la météo (il pleut moins en un an à San Francisco qu'à Besançon en un mois !)

    Du coup, mon objectif est clairement de repartir aux US, en Californie cette fois-ci. Et le billet d'avion sera un aller simple !

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  6. J'aime beaucoup cet article!! Je suis encore dans notre "cher pays" et tout ce que l'on veut avec mon homme c'est le quitter pour partir ailleurs.. Beaucoup de personnes nous disent qu'on est fou, et nous sortent tout le discours habituel (on est bien en France, vous avez un bon job, une maison, etc, etc... Mais je crois que pour nous deux notre cher et tendre pays commence à nous peser de plus en plus.. Je ne supporte même plus les collègues.. leur sujet de conservation : le temps, la pluie, le froid, les impôts et j'en passe.. bref, je crois que nous avons besoin d'autres choses, et, j'espère de tout mon coeur que nos projets vont se concrétiser!! je crois que c'est une question de survie!!
    Céline

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    1. Tout à fait, surtout ne pas se laisser endormir par la morosité et la médiocrité ambiantes ! Il ne faut pas hésiter à aller voir ailleurs., et surtout ne pas écouter ceux qui ne l'ont jamais fait et le feront jamais.
      On n'a qu'une seule vie, il faut en profiter !

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  7. Hello,

    Juste un petit mot pour dire que nous on n'est pas très à l'aise avec notre retour en France, et la "refonte", même si elle s'est faite, laisse un gout amère.

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  8. Excellent cette analyse .. Moi aussi, j'en ai fait un article mais bien plus court .. Pour moi aussi, le retour n'est pas une option mais je connais déjà ce genre de situation que j'ai déjà vécu .. .. et je ressens de plus en plus un décalage avec mon pays la France, que j'aime et que je revendique ... http://www.fromside2side.com/2012/12/un-petit-clin-doeil.html et http://www.fromside2side.com/2012/11/a-quoi-reconnait-on-que-nos-enfants-ne.html
    Isabelle de Fromside2side

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  9. Salut,

    Bon billet, j'ai bien aimé! Mais finalement que ce soit dans ton post mais encore plus dans l'article du monde, le problème c'est qu'expatriés se résume un peu trop aux autres pays développés: expats en Asie/US.
    Pour les autres dont moi, avec des expatriations encore plus exotiques (Niger, Haïti, Cameroun pour ce qui me concerne), c'est bête mais le pays d'origine, c'est aussi: de l'eau quand j'ouvre le robinet, de l'électricité quand j'appuie sur l'interrupteur, peu de trous dans la route, et pas de bakchich à la maréchaussée! Je sais c'est très terre à terre, mais ça permet de souffler! Or ce côté ne ressort que peu dans vos articles.
    Bonne continuation!!

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