Jerry : No, I'll be back.
Kramer : Jerry, it's L.A., nobody leaves. She's a seductress, she's a siren, she's a virgin, she's a whore.
Seinfield, "The Finale"

lundi 5 mars 2012

Le système de santé : les urgences


Kidney Stone… Ça pourrait être le nom d’une actrice super sexy ou d’un magnifique parc naturel perdu au milieu du Mississipi… Ça pourrait un peu faire penser à un groupe de musique ou à un état d’esprit (‘chuis complètement kidney stone, voyez…’). En fait non, ça fait un mal de chien, ça vous pourri la vie, et quand vous en arrivez à votre troisième crise ça a plutôt tendance à vous les gonfler royale… J’ai nommé les calculs rénaux et l’une de leurs conséquences : les coliques néphrétiques.

Raté...

Ça fait mal… très mal. Imaginez que quelqu’un vous plante un tisonnier porté au rouge dans l’abdomen en dansant le Sirtakis : au début ça va doucement, c’est gentillet, on dirait juste des crampes d’estomac. Puis plus le temps passe plus la douleur devient intolérable.
Pourquoi je vous parle de ma vie alors que vous en avez probablement autant à faire que la reproduction des fourmis en Chine pendant la saison des pluies (on a tous nos passions, hein) ? Et bien cette formidable aventure m’a permis de tester pour vous l’une des nombreuses facettes du système de santé américain : les urgences.

C'est pas vraiment l'effet que ça m'a fait...

Tout commença donc avec des crampes d’estomac, du genre de celles qui annoncent que vous n’auriez pas dû reprendre trois fois des fruits de mer a la mayonnaise dans ce resto un peu louche et que vous allez passer un très mauvais moment aux toilettes.
Bref, j’ai mal au bide… Il est à peu près 20.30, on est au restaurant avec des amis, voyons voir si ça passe…

Lentement...

21.30, ça ne passe pas et ça empire. La douleur se relocalise au niveau du rein gauche, plus aucun doute possible, direction les urgences…

Le Cedar Sinai Medical Center où j'ai été admis

21.45, arrivée aux urgences. J’explique mon cas à l’accueil avec force gesticulation et mimes parce que même si j’avais préparé mon speech en anglais à l’avance, j’ai tout oublié… La gentille dame, qui visiblement fait des efforts pour comprendre un mec tout en transpiration qui bouge vite les bras, finit par me demander d’aller m’asseoir et me dit qu’on va « s’occuper de moi ». Chouette.

Petite anecdote : j’ai donc déjà eu deux crises en France. A chaque fois en arrivant aux urgences je suis passé devant tout le monde car les coliques néphrétiques provoquent parmi les « pires douleurs » pouvant exister. C’est pas moi qui le dis… Je veux dire, je ne me suis jamais pris de coup de couteau ni fais brûlé vif donc je ne sais pas, mais ça à l’air d’être un fait communément admis. Donc en général en trente minutes c’est plié avec un doigt de morphine et une solution pour aider les cailloux à passer…

C'est pas moi qui le dit...

22.30, on m’appelle… Ah youpi (j’ai mal) ! On me fait passer un examen de santé rapide : prise du pouls, question sur mon état général, sur les drogues, sur le tabac, sur mes parents… A la sempiternelle question « Sur une échelle de un à dix, où se situe votre douleur » je réponds un humble et courageux « Sept ». Erreur fatale…
Je reste d’un calme plat, un poil spasmodique : « Bon on peut me faire ma piquouse de morphine maintenant ? » « Retournez vous asseoir on vous appellera ... ».

23.00… A ce niveau, la douleur est encore supportable à partir du moment où je n’y pense plus. Pas de bol cette douleur là est un peu comme une voisine enquiquinante qui vous a vu rentrer chez vous et a envie de vous parler : elle toque a la porte de votre cerveau pour vous rappeler qu’elle est là et une fois qu’elle est rentrée, elle se tape l’incruste, la coquine.

On m’appelle de nouveau, direction le service financier et un nouveau flot de question : nom, prénom, adresse, numéro de téléphone, employeur, adresse de l’employeur, numéro de téléphone de l’employeur… Je me tortille de douleur sous le regard froid de la questionneuse, j’hésite, je tremble. Rien n’y fera elle me reposera les mêmes questions sans cesse jusqu’à ce que j’y réponde, en laissant très clairement entendre que si je ne réponds pas, je peux toujours me brosser pour être admis. Là où ça coince un peu c’est que je lui dis que je n’ai pas mon numéro de sécurité social (que je ne garde pas sur moi et que je n’ai pas appris par cœur), pas plus que je n’ai d’assurance US (je suis pris en charge par un organisme Français). Elle finit par me laisser partir… ouf.

Sur le grill...

23.30… J’observe autour de moi. Les gens me regardent bizarrement. Ça se comprend, en ce moment je dois être livide, en train de pousser des petits gémissements prostré dans un coin de la salle. Par contre, ce que je vois moi est d’autant plus inquiétant : les futurs patient n’ont pas l’air d’avoir mal… Je veux dire par là qu’ils peuvent se tenir debout ou assis sans problème, ils ne sont pas blancs version « cachet d’aspirine » pas plus qu’ils ne sont verts ou jaunes. Aucun n’a de saignement apparent. Ils jouent sur leur tablette ou bien regardent des films sur leurs ordinateurs portables. Certains me lancent des regards laissant clairement penser que je les dérange.

00.00… On m’appelle pour me proposer d’aller faire mes besoins dans un bocal. Ça tombe bien ça fait deux heures que j’essaye de leur vider leur fontaine à eau.

J’avoue qu’à partir de ce moment, la notion du temps est très confuse pour moi. Il est écrit sur les rapports que j’ai été admis dans une chambre un lit aux alentours de 2.50. Oui, en étant arrivé vers 22.00 je n’ai été pris en charge que quatre heures et cinquante minutes plus tard. Entre 23.30 et mon admission, j’ai quand même eu le droit à un autre check up de santé parce que bon, quand un mec commence à pleurer en pleine crise de spasme sur sa chaise, on se pose un peu des questions. Comme par exemple : « Sur une échelle de un à dix, où se situe votre douleur » - « Douze ! Pitié j’ai maaaaaaaaal »… Bon en fait j’ai lâché un « Neuf » très probant.

Je suis resté dans un lit pendant une heure ou deux, avec une injection de morphine et d’une solution à base de sodium. Ça allait mieux, beaucoup mieux.

Je tiens à dire que durant tout le temps qu’ont durés les soins, j’ai été pris en charge par des professionnels compétents, souriants et aimables. Le médecin m’expliquait qu’il y avait en moyenne vingt patients pour un médecin, et que tous les lits des urgences étaient occupés, ce qui explique l’attente.


Ils m'ont trouvé pas mal non plus
Notez le petit surnom du docteur.

Vers 4.30 je suis de nouveau sur pied, frais comme un gardon, prêt à mordre la vie a pleine dents. En sortant, le médecin qui s’est occupé de moi (gentil et sympa) me donne une ordonnance et me dit qu’il faut que je retourne au service finances pour clore mon compte.

J’y retrouve donc ma copine questionneuse froide (pas gentille et pas sympa) qui me dit que ça fera 400 dollars, merci, comment voulez-vous payer ? 400 dollars, d’accord mais pourquoi ? C’est une avance me dit-elle, car ils ne savent pas encore combien cela va me couter. « Ah et donc quand pourrais-je espérer obtenir le remboursement, car cela va certainement couter moins que 400 dollars » réponds-je, le plus sérieusement du monde. Elle me regarde pendant 10 bonnes secondes afin de déceler la moindre parcelle d’humour ou d’idiotie dans mon regard avant de rétorquer : « Ne vous inquiétez pas, ça vous coutera bien plus que 400 dollars. ».

Et vous savez quoi ? Elle avait raison.
La suite dans la prochaine partie : « Le système de santé : ce que ça m’a couté ».




( ndlc: un rein? )


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10 commentaires:

  1. Mieux vaut faire un tour sur les sites des compagnies aériennes pour la France avant de prendre la décision d'aller à l'hôpital... Ca peut être parfois être moins cher, mais alors bonjour le côté pratique...

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  2. J'ai hésité à cliquer sur "amusant"!
    Finalement je me retiens et te souhaite prompt rétablissement.
    Et vcdtc

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  3. Ca dépendra surtout du visa qu'on a. Je ne vais pas dévoiler ma seconde partie dans les commentaires ;) mais quand on est expat aux US sur certains type de visa (H1 par exemple), on n'a plus du tout de protection en France si on ne l'a pas négotiée avec son employeur.
    Et pour mon cas, bien entendu, je n'aurai jamais pu prendre les billets plus me tapper les 12 heures d'avions, je serai mort a l'arrivé ;)

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  4. Ma visite aux urgences à NYC fin janvier m'a coûté 8437 dollars... Et celle d'Aout à Miami pour une simple entorse m'a coûté plus de 3000 dollars... Mieux vaut avoir une bonne assurance ici !

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  5. Je suis vos aventures depuis le début et c'est la 1ere fois que je poste. J'ai déjà eu il y a quelques années de cela, des coliques néphrétiques. Effectivement c'est jusqu'à aujourd'hui les plus grosses douleurs que j'ai pu connaitre (en espérant en rester là).

    ps: L'arme fatale pendant mes crises (avant les séances d'ultra son) fut le suppositoire (oui je sais pour un 1er post) Lamaline aux extraits d'opium. De dire cela, fait un peu Gi's dans un bordel du côté de Da Nang.

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  6. J'ai une assurance HMO et je reviens de l'hopital de Santa Monica pour une intervention basique qui m'a coute au total $20. A la sortie je suis aller a la pharmacie et ca ma coute $40.

    Vous n'etes pas assure du tout?

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  7. @Boulie : Ah ouai bizarrement ca me tente pas trop les suppo ^^
    @Anonyme (merci de laisser ne serait-ce qu'un pseudo la prochaine fois, c'est plus simple pour s'y retrouver ;) ) : pour ma part j'expliquerai mon cas dans la suite. Pour les assurances il y en a de tous les prix et de tous types.

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  8. Punaise, c'est l’hôpital où Johnny Hallyday était allé après s'être soi-disant fait "charcuter" en France, si je ne me trompe pas :D

    J'adore le "very pleasant 28-year-old-male". Ces Américains sont excellents !

    Bon rétablissement du coup, en espérant que la facture n'ait pas été trop dure à avaler !

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    1. L'hôpital est connu parce que c'est le plus grand de Los Angeles. Ca ne veut pas dire qu'il est meilleur ou réputé... Enfin en disant ça, je me dis que du coup, je n'ai pas trop envie d'aller voir les hôpitaux. Une amie a accouché là, et m'a dit que ce n'était pas les champions de la propreté ( ça plus le fait qu'ils te foutent dehors le lendemain de l'accouchement, mais ça c'est une question d'assurance, c'est trop compliqué pour en parler ).

      Et partout aux Etats Unis les médecins tiennent un dossier médical personnel sur chaque patient, expliquant notamment si il est agréable à vivre ou non :) Mais il y a également des sites classant les médecins ( et dentistes ), donc tout le monde doit être bien sympathique chacun de son côté.

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  9. J'ai été obligée d'aller à l'Hôpital de Palomar, San Diego pour la même chose. La dame de la comptabilité ne m'a pas laissée partir tant que je n'avais pas juré que je paierai les 7000 dollars de ma visite aux Urgences. Cela dit, je suis allergique à la morphine, et avec la douleur, j'ai cru que soit j'allais me tuer ou j'allais tuer quelqu'un.

    7000 dollars pour en fin de compte être renvoyée chez moi avec une ordonnance d'ibuprofène et l'ordre de boire 2 litres d'eau/jour jusqu'à ce que mon caillou sorte... et soit envoyé en labo.

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